QUELQUES QUESTIONS FREQUENTES

 

 

Quelle est la fonction du rêve ?

Le rêve a-t-il une fonction ? Pourquoi pas. Mais pas obligatoirement. (Le concept de fonction ne devrait-il d’ailleurs pas être vu comme un concept explicatif, comme une fiction imaginaire à valeur explicative ?).

Un esprit, peut-être un petit peu irrévérencieux mais non dénué d’un but pédagogique, pourrait présenter le rêve comme un renvoi, comme un véritable rot psychologique qui, tel le rot gastrique, porte avec lui les saveurs de la chose en digestion ! (En l’occurrence les impressions du rêves sont des renvois d’impressions préconscientes vécues la veille).

Vu sous cet angle, le rêve serait révélateur d’une lourdeur de digestion (les choses ingérées pouvant être bonnes ou mauvaises mais ayant été insiffisamment assimilées).

Curieusement, certains rêves semblent même mettre un point final à un état perturbé. Ce serait le rot de fin de digestion !

(On peut alors s’interroger sur la question de savoir si le rêve, comme le rot, déclenche, entretient ou accompagne la digestion. Autrement dit, la question reste de savoir si le rêve est un facteur déclenchant, facilitateur ou s’il est un simple épiphénomène).

Y a-t-il des compatibilités avec les connaissances physiologiques actuelles ?

Il semblerait que oui.

Le rêve apparaît comme la rediffusion d’un vécu «préconscient » de la veille. Le vécu en question est resté « sous-jacent » faute d’avoir été pris en compte par l’attention. C’est, en tout cas, ce que l’introspection permet d’observer. Il suffit donc d’un petit pas – mais est-ce un bon pas ? – pour voir le rêve comme la re-présentation de résidus des filtrages préfrontaux.

On notera que notre approche des rêves – approche très axée sur la prise en compte des contenus émotionnels – semble justifiée puisque l’on note, pendant le rêve une activité importante des fonctions émotives (en l’occurrence celles du corps amygdalien).

Enfin, l'habitude du travail sur les rêves, selon l'approche proposée, fait sentir combien les contenus idéo-affectifs de la veille sont médiatisés par des situations oniriques selon un mécanisme que le concept de «neurones grands mères » rend très bien. Il s’agit du fonctionnement neuronal impliqué dans l’association entre une perception, par exemple la perception de l’odeur caractéristique d’un café qui fait penser à celui de grand-mère, et les impressions idéo-affectives (par exemple une espèce de nostalgie, d’insouciance) qui alors reviennent en mémoire (sans être forcément conscientisées ; en restant préconscientes). Le générateur de rêve utiliserait la fonction inverse. Par exemple, un résidu idéo-affectif empreint d’un certain type d’insouciance « appellera » l’image d’une perception adéquate, en l’occurrence le souvenir du café de grand-mère.

Pourquoi parler de parallélisme ?

Non seulement les impressions vécues en rêve ont bel et bien été vécues la veille, mais en plus une même trame est suivie (l’ordre de succession est le même). C’est là un premier parallélisme : celui des contenus émotionnels. (Voir développements).

A cela, s’ajoute le parallélisme des regards. Ainsi, par exemple, non seulement le rêveur rêvera de son père si, la veille, il s’est vu confronté à une inclination auto-éducatrice « ségrégée » mais en plus les attributs du père vont rediffuser le regard porté la veille sur cette pulsion auto-éducatrice. Etait-elle vue comme dynamique ?  Le père est vigoureux. Etait-elle vue en voie d’abandon ? Le père est malade etc.

Oui mais comparer introspectivement des impressions, ce n’est pas ce qu’il y a de plus précis !

Ici, on n'est pas dans le calcul; c'est vrai. Mais il n'est pas mauvais de se souvenir que les mesures en physique sont tout de même vues comme pouvant être entachées d’erreurs. Le physicien prend en compte une marge d’erreur, et la physique s’en sort.

Pourquoi serait-ce différent en psychologie?

Bien sûr, la transcription d'un rêve est plus ou moins éloignée de l'original. La traduction est plus ou moins fine et fidèle. Mais ce n'est pas une raison pour rejeter l'étude introspective du rêve. Au contraire, cela doit nous inciter à commencer à s'interroger sur la marge d'erreur; ou, ce qui revient au même, sur la question "qu'est-ce qui est suffisamment fiable dans la transcription d'un rêve?". On fera ensuite en fonction de cette connaissance. En l’occurrence, certaines impressions sont parfois si particulières qu’aucun doute n’est possible (voir exemple).

Je n’arrive pas à retrouver les vécus « préconscients » de la veille.

Les impressions vécues en rêve ont été réellement, bien que furtivement, vécues la veille ; le rêve ne fait que les rediffuser. Mais retrouver le vécu de la veille rediffusé en rêve n’est pas si facile que ça. Le vécu préconscient en question n’apparaît pas de prime abord car non seulement il n’est que « semi-conscientisé » (et on n’est pas habitué à observer cette couche de phénomènes) mais en plus il ne dure que quelques minutes ou quelques secondes (voire le temps d’un flash lorsque les émotions en cause sont difficiles à supporter) parmi les 50 à 60.000 secondes que dure une journée.

Au total, il est donc plus facile de retrouver une clé en s’obligeant à repasser en revue la journée de la veille dans l’espoir de se remémorer l’endroit où on l’a négligemment laissée. Concrètement, il faut bien compter la matinée pour arriver à une remémoration de l’événement incitateur du rêve, et l’après midi pour aboutir à une traduction à peu près convenable des phases du rêve.

Je ne rêve pas ; est-ce inquiétant ?

Il n’y a a-priori aucune raison d’être inquiet.

L’impression de ne pas avoir rêvé est fréquente lorsque les nuits sont courtes, le sommeil profond et récupérateur, le réveil rapide… et qu’on n’a pas pris l’habitude de chercher à se souvenir de ses rêves.

On peut penser que l’apparition d’un rêve nécessite la convergence de plusieurs conditions et il suffirait que l’une d’elles soit absente pour qu’il n’y ait pas rêve.

D’abord il faut qu’il y ait quelque chose à rêver, c’est à dire des impressions non conscientisées vécues la veille (des impressions sous-jacentes, « préconscientes »).

Ensuite, il semble qu’il faille un élément qui « appelle » le rêve. Exemple typique : 2h du matin, les voisins rentrent chez eux de façon bruyante. Ce bruit est perçu (mais ne réveille pas forcément) et prédispose, par exemple, à un rêve d’intrusion (on rêve de méchants qui rentrent chez soi etc). Mais ce rêve d’intrusion ne peut avoir lieu que si une telle émotion a été vécue la veille (et est restée sous-jacente). Inversement, si une telle émotion sous-jacente a été vécue la veille et s’il n’y a pas l’appel du rêve, ici par le bruit qui fait intrusion, alors il n’y a pas non plus de rêve. (Exemples).

Peut-être y a-t-il aussi une condition sur la bibliothèque d’images ? Le rêve, par exemple, va mettre en scène tel animal parce qu’il correspond au regard que le rêveur porte sur tel souvenir, telle pensée… Mais pour cela, il faut que « l’animal qui va bien » vienne facilement à l’esprit du rêveur. A défaut, il pourrait ne pas y avoir rêve.

Mes rêves sont bizarres, déments, illogiques... ne le serais-je pas moi aussi ?

Il n’y a pas de raison ! Pour l’instant, il y a 3 situations d’illogisme (certains rêveurs parleraient de rêves déments, débiles...) qui ont été identifiées.

1 - La situation est illogique, anormale... et est jugée telle dans le rêve. C’est par exemple le cas du rêveur qui a peur d’un animal théoriquement pacifique ou peureux (par exemple d’une biche), et qui sent bien, dans son rêve, que sa peur est inappropriée. Il se dit, par exemple, « je ne devrais pas avoir peur de cette biche ; c’est elle qui devrait s’enfuire ». Ces impressions oniriques rediffusent telles quelles des impressions vécues la veille. En l’occurrence, l’impression que les choses ne se sont pas déroulées comme elles auraient du ( c’est à dire l’illogisme) a été vécue la veille.

2 - L’illogisme est flagrant, mais, dans son rêve, le rêveur ne réalise pas que la situation est réellement impossible. Dans l’exemple proposé, il est bien clair que si, le temps de quelques secondes et au niveau préconscient, le rêveur a, la veille, réellement « perdu les pédales », il n’est cependant ni débile, ni dément ! Il n’est qu’imparfait. Le rêve, redisons-le, n’a que la sagacité du perroquet.

3 - Il ne faut pas rejeter la possibilité qu’une partie de l’illogisme soit d’origine technique, et ne vienne d’une imperfection de syntaxe. Après tout, pourquoi est-ce que dans le monde, seul le rêve serait d’une construction parfaite ? Le générateur de rêve, pourrait-on dire, peut ne pas trouver une image ad hoc, c’est à dire une image qui porte le vécu de la veille tout en s’intégrant logiquement par rapport à l’histoire du rêve. C’est en tout cas ce que l’on peut conjecturer de l’exemple suivant. Dans ce rêve, je suis au tableau, interrogé par un professeur. Je ne sais pas bien répondre et tout à coup, Je m'éclabousse avec de la mayonnaise et prends le temps de me nettoyer. Cela me laisse le temps de réfléchir tout en faisant croire que je ne peux pas répondre tout de suite puisque j'ai autre chose à faire (il faut que je me nettoie).

La mayonnaise était alors tout à fait incongrue. En ce qui me concerne, la mayonnaise est un aliment que je ne goûte que peu et que je n'utilise que lorsqu'il s'agit d'avaler quelque chose d’encore moins bon. He bien, le rêve avait besoin de cet article là ! En l’occurrence, la veille, cherchant à évaluer mon niveau théorique, j’avais plutôt l’impression d’être l’élève qui ne connaît pas grand chose et mélange le peu qu’il croit savoir. J’étais donc dans la situation très embarrassante de l’élève qui passe au tableau, devant la classe, sans avoir appris sa leçon. Dans la réalité de la veille, pour justifier l'échec que je vivais, j'avais utilisé un subterfuge imprévu (dans le rêve, la mayonnaise s’est aussi trouvé là de façon tout à fait imprévue et surprenante). Concrètement, j'ai exploité une déconcentration soudaine, que j’ai tardé à évincer (à nettoyer), pour mettre l'échec sur le compte d’un simple manque de concentration (je n'avais donc pas, me suggérais-je, à me reprocher une incapacité technique ; c’était simplement parce que je ne me concentrais pas assez). D’un coté, cette déconcentration me mécontente, mais, comme la mayonnaise, elle me permet d’avaler quelque chose (en l’occurrence l’idée, juste ou fausse, que je sois un ignorant) d’encore plus désagréable.

Ainsi, dans cet exemple, la mayonnaise était, pourrait-on dire, l’image qu’il fallait trouver pour s’accorder au vécu de la veille ; mais elle était « illogique » par rapport à la situation en rêve. Une partie de cet illogisme s’explique en regard des impressions vécues (étonnement, surprise, impression de quelque chose d’inapproprié vécues dans le rêve et la veille). Mais il n’est pas impossible qu’une apparence illogique ait été accrue... faute pour le générateur de rêves d’avoir techniquement pu mieux faire.  

A quoi sert-il d’étudier les rêves ?

Au chapitre « dimension scientifique du rêve », nous montrons que l’étude des rêves est un outil d’exploration du champ préconscient. Actuellement, il peut être utilisé pour la recherche fondamentale (identification des phénomènes préconscients généraux, contribution à la mise au point de moyens métrologiques pour l’étude du préconscient). Peut-être pourra-t-il participer, dans l’avenir, au diagnostic individuel (évaluation de l’état préconscient des individus) ?

L’étude de ses rêves peut aussi être vue comme un « potentialisateur » d’expériences psychologiques et donc comme un moyen incontournable pour la formation du psychologue. Les traductions de rêves sont des retours sur des vécus non pleinement conscientisés et dont certains sont, compte tenu du naturel du rêveur, exceptionnels pour lui et auraient pu passer inaperçus s’il ne s’était pas arrêté dessus grâce à son rêve. Mais ce qui est rare ou préconscient chez l’un peut être habituel ou manifeste chez un autre. Le psychologue ne pourra réellement se mettre dans la peau de cet autre, si éloigné de lui, que s’il en a étudié les germes qu’il peut trouver chez lui, à l’occasion, par exemple, de l’étude d’un de ses rêves.

Au total, donc, l’étude des rêves augmente la capacité de compréhension psychologique.

Quel est le rapport avec le rêve du chat ?

Des recherches sur le sommeil ont mis à jour 2 états très distinguables de sommeil : le sommeil lent et le sommeil paradoxal dans lequel, bien que le sommeil soit plus profond, l’électroencéphalogramme rappelle celui de l’état de vigilance.

Des expériences – réveils en phases paradoxales, réveils en dehors des phases paradoxales – font penser que nos rêves racontables (les souvenirs oniriques) ont lieu pendant cette phase (ou, plus exactement, qu’ils y atteindraient leurs structures finales car des ébauches de rêves apparaîtraient lors du sommeil lent).

Des expériences montrent aussi que plus le réveil est proche de la phase paradoxale mieux on se souvient de ses rêves. On en déduit donc que l’on peut ne pas se souvenir de tous ses rêves.

Finalement, dans la perspective du sommeil paradoxal, le rêve est défini comme l’activité mentale qui se déroule pendant le sommeil paradoxal, qu’il en reste un souvenir ou non. Du coup – et à cause de la définition des choses – le sommeil paradoxal est vu comme témoignant d’une activité onirique et le rêve perd sa signification concrète habituelle (celle de souvenirs oniriques) pour devenir un concept déduit puisque l’objet que ce concept est sensé représenter ne nous apparaît qu’indirectement à travers des signaux électriques qui lui sont attachés.

Fort du rapport « sommeil paradoxal = activité onirique = rêve », on cherche alors chez les animaux s’il apparaît une phase paradoxale. Dans le cas positif on en déduit qu’il « rêve » (c’est le cas du chat).

Rêves récurrents.

Il s’agit de rêves plus ou moins similaires qui apparaissent plus ou moins fréquemment.

Une première explication peut se trouver dans le fait que la rediffusion d’impressions préconscientes fonctionne aussi le jour. Typiquement, une perception peut ramener en mémoire des souvenirs et impressions préconscientes vécues quelques jours, quelques mois voire quelques années auparavant (exemple). Celles-ci peuvent rester sous-jacentes si elles ne sont pas « conscientisées ». Ainsi, les mêmes impressions préconscientes peuvent réapparaître aujourd’hui puis dans 2 jours puis dans 3 semaines etc. d’où une possibilité de rêves récurrents.

Une deuxième explication peut se trouver dans le fait qu’un même sujet, et donc les impressions préconscientes qu’il produit, peut titiller l’esprit sur une période plus ou moins longue. Les rêves s’y rapportant auront donc quelque chose de similaire. Typiquement, si un excitant (par exemple la santé, la situation économique, professionnelle, religieuse, familiale…) est à l’origine d’angoisses ou d’euphories sous-jacentes, alors il est fort à parier que celles-ci réapparaîtront tant que l’excitant (ou, plus exactement la représentation que c’en fait le sujet) persiste ou tant que la sensibilité du sujet ne se modifie pas (l’angoisse, ou l’euphorie, est aussi fonction de la sensibilité) ou tant que le sujet ne les « conscientise » pas.

Avec mon conjoint, on a rêvé de la même chose la même nuit.

Si le rêve rediffuse des impressions vécues la veille, alors des « rêves d’équipe » peuvent très bien apparaître.

Il suffit qu’un incident éveille des impressions similaires, ou opposées, chez plusieurs témoins. Alors leurs rêves, s’ils rediffusent les impressions vécues à ce moment, présenteront des analogies.

Ce fut le cas pour un couple d'amis. Au cours d’une conversation, ils découvrirent que, la même nuit, dans le même lit, l'un avait rêvé qu'il crachait sur l'autre (expression d'un mépris), pendant que l'autre, sans doute victime d’une avalanche d'accusations, avait rêvé être lapidée !

Rêve prémonitoire.

Certains rêves peuvent être intensément sentis comme prophétiques. Ainsi, par exemple, fin août 2000, j’avais rêvé que la télévision annonçait l'assassinat de Clinton ou d’Al Gore au début des élections et je m’étais réveillé avec l'impression marquante du rêve prémonitoire. Je n'ai malheureusement pas eu le temps de traduire ce rêve, mais je ne serai pas étonné de voir cette impression de prémonition liée à un même type d'impression vécue la veille (peut-être la veille me suis-je dit, de façon sous-jacente, "si, sur tel plan, je continue comme ça, voilà ce qui va se passer" d'où une impression prophétique vécue la veille et rediffusée par le rêve).

Bien entendu, un jour ou l’autre, ces 2 personnages disparaîtront, peut être même de façon violente ; mais c’est tellement dans la logique des choses qu’il ne faudrait pas voir, dans ce rêve, le scoop prophétique.

Le rêve rediffuse un moment de la veille et on aurait tort de s’inquiéter de quoi que ce soit concernant l’avenir proche ou lointain à cause d’un rêve.

Rêve et impression de déjà-vu.

Certains rêves, en raisons d’impressions saillantes, originales et réalistes qui y sont vécues, pourraient bien être à l’origine de cette impression de déjà-vu que l’on éprouve parfois.

J’ai l’exemple d’un rêve que je pourrais raconter de 2 façons. La première façon consisterait à s’appuyer sur un effort de mémoire pour le décrire dans les détails. Mais il est aussi possible de ne se satisfaire que de ce qui revient naturellement à l’esprit sans grand effort de mémoire. N’apparaissent alors que les éléments saillants.

En l’occurrence, je suis professeur dans une salle de cours, avec un autre professeur et des élèves. La situation m’amène à me trouver au tableau pour un développement théorique hors programme faisant appel à des concepts que je n’ai pas maniés depuis quelques temps, qu’il me faut retrouver et que je me sens retrouver. Ce contexte était à la fois original (donc différentiable par rapport aux situations classiques) réaliste (y compris du point de vue des impressions, tant psychiques que physiques, qui y étaient vécues) et avait quelque chose de marquant. Arrive alors un incident, lui aussi tout à fait réaliste : j’écris avec une craie sur un tableau noir, et je cherche à éviter la poussière de la craie.

Pour des raisons statistiques, cette situation peut se produire dans la réalité. Demain, je peux me retrouver dans une salle de classe avec un pair et des élèves (et donc soumis aux vécus que cette situation provoque, vécus déjà apparus en rêve) à faire un développement hors programme faisant appel à des connaissances maniées dans le passé, connaissances qu’il faut retrouver  (et être ainsi soumis aux vécus que cette situation provoque, vécus déjà apparus en rêve). Si en plus, cette scène se produit dans un cadre craie/tableau, il y aura – je l’ai vécu plus d’une fois – une impression qui pourrait s’exprimer par « zut, encore de la poussière de craie ; je vais m’en mettre partout ». Cet incident réel pourrait bien ramener à l’esprit l’histoire rêvée, mais sans pour autant rappeler qu’il s’agit d’un ancien rêve, d’où cette impression de déjà-vu, ou, plus exactement, de déjà vécu.

Rêves de compensation.

Si, selon certains, le rêve réalise des désirs réprouvés, il peut aussi, entend-on, réaliser des désirs « acceptables » mais restés inassouvis. C’est le rêve de compensation.

Cette impression de « compensation » existe bien puisqu’il n’est pas rare de voir des rêves heureux pendant des périodes moroses et des rêves moroses, voire cauchemardesques, pendant des périodes euphoriques.

En fait, le rêve rediffuse des impressions préconscientes vécues la veille, c’est à dire des impressions introspectables mais qui sont passées inaperçues sur le moment faute de s’être arrêté dessus.

Typiquement, par exemple, en cas d’échec, parallèlement aux ruminations « conscientes » peuvent naviguer, en arrière fond, des impressions de réussite sur un autre plan. Ce sont ces dernières que rendra le rêve d’où un rêve qui semble en opposition par rapport à la situation. Par exemple, la vexation d’un échec professionnel rendra le moment pénible et, par compensation, alimentera des impressions consolatrices et plus ou moins légitimes de succès dans la sphère familiale, spirituelle, artistique… Ce sont celle-ci qui, si elles ne sont pas suffisamment « conscientisées » peuvent réapparaître en rêve d’où un rêve de « compensation ».

Inversement, des périodes fastes peuvent être polluées par des scrupules, angoisses etc restés à l’état préconscient d’où des rêves morbides en périodes d’euphorie.

Peut-on traduire le rêve d’un autre ?

Non.

Il n’y a que le rêveur lui-même qui puisse retrouver le vécu de la veille qui corresponde à son rêve. Il n’y a que lui qui puisse dire : « oui, je me reconnais dans cette traduction ». Un traducteur extérieur peut proposer des pistes possibles de traductions mais celles-ci sont des hypothèses sur lesquelles il ne faut pas hésiter à revenir.

Ces hypothèses se construisent à partir d’images que le traducteur extérieur a déjà rêvées et traduites (donc à partir d’images qui résonnent chez le traducteur) associées à la résolution d’un puzzle psychologique. (Le rêve apparaît en effet comme la rediffusion d’une chaîne de perceptions/réactions qui inclut une logique psychologique. La connaissance de celle-ci permet d’aider à constituer des hypothèses sur les processus qui se sont déroulés).

 

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