Au
delà du fait que le rêve rediffuse un vécu de la veille, l’environnement semble
pouvoir influencer le rêve d’au moins 2 autres manières. C’est le cas du rêve d’actualité (typiquement celui du futur marié rêve
de mariage) et celui du rêve concomitant à un événement qui survient au moment
du rêve (tel le cas du rêveur dont le rêve inclut un événement bruyant qui
coïncide avec un bruit extérieur).
Rêve concomitant. Comme on va le voir dans les 2 exemples suivants, bien
que les rêves semblent en phase avec l’environnement au moment du rêve, il
n’empêche qu’ils rediffusent aussi un vécu de la veille.
Dans
le rêve suivant (la débâcle, 030228), ma maison est pillée, mes parents sont
tués, un portrait d’ancêtre est jeté par la fenêtre et emporté comme butin.
Impression générale de débâcle contrôlée.
Si
ce rêve avait bien été la rediffusion d’un vécu de la veille (il rediffusait le moment de remise en cause
une convention traditionnelle dont l’aïeul au portrait jeté était un représentant
emblématique), il sonnait aussi comme un écho du moment présent.
En
effet, j’avais été réveillé par un flot de touristes qui déménageaient
bruyamment ce qui, dans l’espèce de semi-éveil qui précédait le réveil complet,
m’avait fait croire à une débâcle.
Ce
rêve était concomitant de l’environnement.
Avais-je
cru à une débâcle à cause de l’impression générale du rêve, ou est-ce ce
remue-ménage qui, ayant été associé à une débâcle, avait appelé un rêve de
débâcle ?
Une
personne m’a raconté qu’elle avait rêvé d’une noyade et s’était réveillée en
toussant, comme si elle avait bu la tasse. Le rêve, là encore, avait bien
rediffusé un vécu de la veille (elle m’expliqua lequel). Mais était-ce la toux
qui avait appelé le rêve ou le rêve qui avait causé la toux ?
Lorsqu’on
se réveille avec un effet physique (une toux, une douleur…) lié au rêve, alors,
on a plutôt tendance à penser que cet effet est une conséquence du rêve. Mais
le cas classique du bruit rêvé qui coïncide avec un bruit extérieur fait
suggérer qu’un facteur extérieur (perception d’un événement, sensation
physique, idée qui turlupine tant et si bien qu’elle nous vient en tête avant
que l’éveil ne soit complet) pourrait déclencher le rêve.
Faut-il alors penser que, pour qu’il y ait rêve,
il faille au moins une convergence appropriée entre d’une part les perceptions
du rêveur lors des phases de sommeil propices aux rêves et, d’autre part, les
vécus préconscients de la veille ? Cela pourrait expliquer pourquoi il y a
si peu de rêves comparativement au nombre de vécus de la veille.
Il arrive, et ce n’est
pas exceptionnel, que des événements réels soient récupérés par le rêve. Ainsi,
par exemple, un futur marié rêve de mariage, celui qui a un parent à l'agonie
le rêve mourant ou se rétablissant etc.
Si,
par exemple, dans un rêve, la mort d’un proche symbolise quelque chose, ce
n’est pas par hasard. C’est parce que cette image permet de recréer une
impression sous-jacente vécue la veille (en l’occurrence, l’impuissance
temporaire d’un alter ego, d’une facette de sa personnalité).
Mais
ce qui se passe en rêve peut aussi se passer dans la réalité et, par exemple,
l’agonie réelle du père peut provoquer une arrière-pensée, plus ou moins
rapidement chassée, qui pourrait s’exprimer par « maintenant je peux faire
ce que l’appréhension de son regard m’interdisait de faire » ou
« maintenant il me faut m’auto-discipliner tout seul », etc. Ces impressions sous-jacentes du moment
peuvent réapparaître dans le rêve sous la forme de la mort ou du rétablissement
du père car celui-ci, précisément, symbolise un certain regard sur l’attente ou
l’exigence morale.
Tout
se passe comme si la chose-symbole (dans l’exemple le père rêvé) était
suggestive d'une impression idéo-affective avec une puissance telle que la
chose-réelle (le père réel), si emblématique, influencerait ainsi la
suggestibilité dans la vie de veille et provoquerait, de la sorte, des
impressions idéo-affectives identiques à celles susceptibles d’être provoquées
dans le rêve par les mêmes images. Il n’y aurait alors rien d’étonnant à voir
ces impressions idéo-affectives réelles rediffusées dans le rêve par les images
tirées de la réalité. (Peut-être y a-t-il d’ailleurs là un mécanisme qui
déboucherait sur certaines phobies (répulsions exagérées) ou philies
(attractions exagérées) ?).